CNV,  Communication - Ecoute

ÉDUQUER SANS PUNITION

Eduquer sans punition ? Mais vous êtes fou ! Et vous comptez vous y prendre comment alors ?

Si nous pensons “éducation sans punition”, nous réagissons automatiquement et imaginons d’un côté des parents totalement permissifs et de l’autre des enfants totalement ingérables ou encore nous visualisons l’image de l’enfant roi transformé en petit diablotin. Effectivement, la tentative de nos alter ego d’outre atlantique de ne pas punir a eu tendance à nous conforter dans la reproduction des schémas éducatifs de nos parents, où, menacer, punir et donner une bonne fessée de temps en temps permettait de remettre les choses à leur place.

Toutefois, nous sommes désormais très nombreux à remettre en question les méthodes d’éducation répressives, tout en souhaitant conserver l’utilisation d’un cadre et de règles. Et la bonne nouvelle, c’est que la voie du milieu existe et qu’elle s’avère bénéfique pour toute la famille. Bienvenue dans l’univers de la parentalité positive, bienveillante ou encore consciente.
Bienvenue dans l’univers de la parentalité positive, bienveillante ou encore consciente

 

Dans l’inconscient collectif, la punition est gage de bonne éducation. C’est pourquoi, nous ressentons une certaine crainte à ne pas utiliser cette méthode et nous avons besoin de quelques outils pour expérimenter une voie alternative. Quoi qu’il en soit, avant tout, il est indispensable de s’interroger sur la notion de punition, plutôt que de simplement reproduire automatiquement ce que nous avons nous-même reçu étant enfant. 

il est indispensable de s’interroger sur la notion de punition



Partie 1 : la punition et l’obéissance


Au fait, la punition, c’est quoi ?


La punition est une forme de privation des besoins par le contrôle. Comme par exemple envoyer l’enfant dans sa chambre ou au coin, limiter ses activités… l’adulte opte assez naturellement pour la position de pouvoir face à l’enfantNous
sommes le juge, nous savons ce qui est bon ou mauvais. Quand les enfants sont jeunes, il est assez facile d’utiliser la punition lorsqu’ils adoptent un comportement que l’on juge inadapté car les enfants sont facilement contrôlables. Ainsi, l’adulte opte assez naturellement pour la position de pouvoir face à l’enfant. Mais, ce faisant, que lui apprend-t-il ?


La position de l’adulte lorsqu’il donne une punition


On peut facilement observer que notre jugement n’est pas systématiquement rationnel et congruent. On voit très bien que nos réactions sont souvent conditionnées par notre humeur ou notre niveau de fatigue ou de stress. Ainsi, généralement, la punition tombe après coup et de manière inattendue pour toutOn note d’ailleurs bien souvent l’absence de cohérence entre l’acte répréhensible et le choix de la punition le monde, nous y compris. On
note d’ailleurs bien souvent l’absence de cohérence entre l’acte répréhensible et le choix de la punition. Tu as jeté ton yaourt, tu vas au coin.



La punition vise quoi ?


Les adultes utilisent la punition comme un moyen de faire cesser un comportement inadapté. Et, bien souvent, associé à la punition, on retrouve le chantage. Cela se traduit pas des échanges sous forme de condition : “Si tu n’es pas sage alors tu n’auras pas de dessert”,  “Tu te calmes sinon, on rentre tout de suite à la maison”…

On voit bien que la punition n’est en aucun cas un moyen d’enseigner un comportement adapté.

En réalité, lorsque nous punissons, nous voulons que l’autre se sente fautif pour ce qu’il a fait et qu’il se sente mal. C’est d’ailleurs pour cela que, généralement, à l’occasion de la punition, nous insistons et décrivons le comportement inadapté et, bien souvent, nous ajoutons un jugement de valeur. “Tu as encore sauté sur le canapé. J’en ai assez, tu le fais exprès. Vas dans ta chambre”. 

Quelles sont les conséquences de la punition ?


De manière répétée, cela met l’enfant dans une position de dépendance et de crainte vis à vis de l’adulte. L’enfant attend le jugement et le bon vouloir de l’adulte.  L'enfant perd confiance en lui et il peut en venir à douter de l’amour de ses parentsAinsi, on risque d’engendrer la rébellion (une épreuve de force), la peur, la soumission, la rancœur, ou le retrait de l’enfant, la fuite. L’enfant se sent aussi incompris, parfois humilié, nul, triste, seul… Il perd confiance en lui et il peut en venir à douter de l’amour de ses parents.

On ne lui permet pas de faire grandir sa capacité d’autodiscipline. On perd le besoin de connexion vital entre l’enfant et son parent, celui qui justement pourrait nous permettre de faire naitre la coopération chez notre enfant.

Et quand l’enfant grandit, l’adulte perd de son pouvoir sur lui, et là, grosse surprise ! La punition ne fonctionne plus et la connexion est perdue depuis longtemps…


L’adulte exige l’obéissance


Pour certains, derrière la punition, ce qui est recherché, c’est l’obéissance. Quoi de mal à cela me direz-vous ? Il faut bien que l’enfant obéisse.
L’adulte exige l’obéissance pour son intérêt propre : la maitresse qui recherche le calme en classe, le papa qui accompagne ses enfants à l’école et souhaite arriver à l’heure au travail… Ceci nous parait tout à fait banal mais à y regarder de plus près, l’adulte se met en position de supériorité par rapport à l’enfant. Si à nouveau cela peut nous paraitre banal, plusieurs pédagogues nous proposent une autre vision pour une harmonie plus profonde et plus durable.

A titre d’illustration, dans l’article “Nos enfants, les gardiens de nos potentiels”, André Stern nous apprend que la loi de symbiose est inscrite dans les préférences naturelles de la nature et de l’Homme et que, loin d’être inférieur à l’adulte, notamment du point de vue des potentiels, l’enfant est un géant face à l’adulte et que l’enfant dispose de toutes les qualités que l’on aimerait bien retrouver chez les adultes : amour inconditionnel, capacités de concentration, créativité, savoir vivre au présent et l’accepter…

De la même façon , Maria Montessori considère que les défauts des enfants ont été créés par les parents et les éducateurs. Dans “L’enfant dans la famille”, elle exprime de façon très sévère qu’une adaptation fondée sur la soumission et l’obéissance absolue conduit à la négation de la personnalité de l’enfant. Et d’ailleurs, elle a démontré que l’enfant est un être spirituel, un maître d’amour, qu’il a un besoin impérieux d’agir, que l’intelligence des enfants de moins de 6 ans a des particularités exceptionnelles et que si l’on favorise sa capacité de concentration, il apprend sans effort.



Partie 2 : Éduquer  sans punition


L’idée est de faire en sorte que l’enfant ait envie d’adopter un comportement adapté de lui même et non parce qu’il y est contraint ou qu’il Eduquer sans punir - Thomas Gordonespère une récompense. Plusieurs auteurs développent cette approche. On peut citer une des références majeure en la matière : Thomas Gordon, psychologue, qui est notamment l’auteur de Parents efficaces”, de “Enseignants efficaces” et de “Éduquer sans punir”.


Le regard que l’on pose sur l’enfant


Changeons notre regard sur nos enfants. Cessons de sous-estimer nos enfants.

Si nous projetons, même inconsciemment, sur notre enfant l’idée qu’il est terrible ou ingérable, il est certain qu’il va nous le servir. Ne serait-ce que pour nous donner raison. Commençons pas nous rappeler qu’un enfant ne veut jamais nuire et que l’objectif n’est pas de gagner une bataille avec notre enfant.


Pas de jugement


On peut tout simplement commencer par leur parler (à froid et hors contexte) du comportement que l’on juge inapproprié, inacceptable ou qui nous pose un problème.
Après tout, l’enfant est le premier concerné.

On choisit un endroit calme, on se met à la hauteur de l’enfant. On choisit un endroit calme, on se met à la hauteur de l’enfantDans notre cœur, on recherche la connexion et on abandonne la position de donneur de leçon. Personne n’aime ça et il n’en ressort jamais rien d’intéressant. 

Attention à notre vocabulaire. Évitons de généraliser, de juger ce qui est bien ou mal et de stigmatiser l’enfant. Tu tapes toujours ta sœur, ce n’est pas bien, c’est méchant. On risque très facilement d’imprimer ce comportement et cette étiquette chez l’enfant.


Chercher à comprendre


Ce matin, tu as tiré des cheveux d’Emma. Elle a eu mal. Tu veux me raconter ce qui s’est passé et ce que tu as ressenti ? Silence. Si l’enfant a du mal à verbaliser, on peut lui proposer des pistes. Est-ce que tu voulais jouer avec elle ? C’est très souvent le cas chez les plus petits qui tapent, bousculent ou poussent, pour “chercher le contact”.

Est-ce que tu étais en colère ? Silence. Est-ce que tu ressentais de la jalousie ? On ne le noie pas de questions et on lui laisse tout le temps nécessaire pour répondre.


Remémorer à l’enfant un comportement adapté

 
On peut décrire précisément, expliquer et remémorer un comportement approprié. Hier, après le bain, tu as fais un gros câlin à ta sœur et tu semblais rempli de joie et d’amour. L’enfant va rechercher cet événement et cette sensation dans sa mémoire.On peut décrire précisément, expliquer et remémorer un comportement approprié Il va imprimer ce comportement. Comment tu te sens lorsque tu fais un câlin à ta sœur ?


Les situations d’urgence


Évidemment, dans un premier temps, lorsque le comportement doit cesser immédiatement, comme dans l’exemple de traverser la route en courant, on verbalise immédiatement STOP, je ne suis pas d’accord et si nécessaire on prend le bras de l’enfant ou on le prend entièrement dans les bras. Mais à ce moment là, privé de liberté temporairement, il n’entendra pas grand chose de nos explications et il voudra simplement exprimer sa colère. Alors, nous pouvons tout simplement exprimer nos sentiments, nos sensations et nos émotions. J’ai les mains moites, j’ai le cœur qui bat très fort, mes jambes sont toutes molles, j’ai eu très peur quand tu t’es mis à courir si près des voitures. Je t’aime tellement, je veux te protéger.


Sur le chemin de l’autodiscipline


A nous de changer notre état d’esprit : susciter la réflexion, développer la responsabilisation à long terme, nous connecter à notre enfant. Quel est son besoin à ce moment là ? Tu as besoin que je m’occupe de toi ? Tu as besoin que je joue avec toi ? Quand l’enfant se sent compris, il est bien plus coopérant. Son réservoir d’amour a-t-il été rempli aujourd’hui ? Lui ai-je offert 15-20 minutes de jeu en étant pleinement présent ? Une écoute active va permettre à l’enfant de se connecter à ses émotions, sans peur, sans honte, lui apprendre à analyser une situation et à rechercher une solution harmonieuse.


Quelques astuces qui font la différence

  • Permettre à l’enfant de réparer. Lui proposer d’éponger avec nous l’eau qu’il a jeté au sol.

  • Revenir sur tous les comportements qui ont été appréciés. On a dit qu’on partait à l’école et je vois que tu es déjà habillée. Je me sens très joyeuse car en faisant cela tu as répondu à mon besoin de coopération et d’harmonie.

  • Il est également grandement utile d’utiliser des livres illustrés pour soutenir son propos et faire naitre un dialogue avec l’enfant. Nos explications sont souvent bien trop théoriques et les enfants ont besoin d’images concrètes. Lors d’un conflit entre mes deux enfants,  je sentais que mes mots étaient comme du vent dans leurs oreilles fâchées. J’ai immédiatement proposé de regarder ensemble le livre de Catherine Dolto, “Ça fait mal la violence”. Même s’ils connaissaient le livre, ils étaient intrigués par ma proposition, ce qui a entrainé un arrêt immédiat de la dispute et même des paroles et des gestes. En visualisant des images auxquels ils pouvaient s’identifier, ils se sont mis à poser des questions ? Il a quoi le garçon ? Il fait quoi ?… J’ai alors sélectionné quelques phrases du livre pour faire passer mon message…

Surtout ne me croyez pas, expérimentez.

Je passe à l’action : Je choisis et je teste dès aujourd’hui une des propositions ci-dessus et je partage mon expérience.

 

 

Partager l'article

4 commentaires

  • Marie-Aude

    Merci Fabienne. Article très inspirant pour changer les schémas que nous reproduisons sans cesse… A diffuser largement

    • Fabienne

      Merci Marie-Aude. Je crois qu’au fond de nous, on a tous la mémoire d’un enfant qui trouvait les punitions injustes et on est face à une page blanche pour écrire de nouvelles approches / méthodes avec nos enfants. Avec l’éclairage de notre coeur, il est certain qu’on va trouver des solutions alternatives 😉

  • Marie

    Merci ma fa ! Ça tombe bien j avais besoin de ta sagesse et de bienveillance éducative , je me couche encore toute chiffonnée d avoir mal géré une colère de Félix . Si seulement j avais lu ton article avant !

    • Fabienne

      Merci Marie. Effectivement, lorsque ça se passe mal pour l’enfant, généralement, le parent ne se sent pas très bien non plus. Prendre un moment pour réfléchir aux situations compliquées à froid nous permet de voir la situation autrement. Avec ta créativité, c’est sûr que tu vas tester des alternatives qui fonctionnent. Merci de nous les partager 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.