Conférence,  Faber & Mazlish

ADOPTER UNE NOUVELLE ATTITUDE

Dans mes précédents articles “Parents épanouis, enfants épanouis” et “Développez des habiletés”,  vous avez découvert deux parties de la conférence Faber & Mazlish donné par Roseline Roy, cette canadienne engagée qui a traduit et publié en français tous les ouvrages d’Adele Faber et Elaine Mazlish. Cela vous a révélé les bienfaits de l’accueil des émotions, le pouvoir de l’écoute active et vous a donné des clefs concrètes pour développer vos habiletés avec vos enfants-. La dernière partie de cette trilogie vous offre à nouveau des moyens concrets  de modifier nos réactions habituelles et d’adopter une nouvelle attitude face à vos enfants et aux comportements qui provoquent habituellement chez vous de la colère ou du découragement.

papa et enfant montagne by Ante Hamersmit on Unsplash


Prendre conscience de nos réactions habituelles

Lorsque Roseline nous a présenté  ces “réactions habituelles” durant la conférence, elle était épaulée de son amie de toujours qui jouait le rôle du parent. Evidemment, elle mettait toute la dose de théâtralité pour rendre la scène réelle mais, force est de constater, qu’elle y parvint aisément ; en entendant ces exemples, nous étions nombreux dans l’assistance à nous reconnaitre…. Je vous invite à vous mettre dans la peau de l’enfant qui entend ces paroles. L’idée n’est pas ici de culpabiliser les parents que nous sommes et qui se donnent beaucoup de peine pour faire au mieux mais de nous faire prendre conscience de nos paroles et de leur impact.



“La façon dont nous parlons à nos enfants devient leur petite voix intérieure” Peggy O’Mara

Et si la culpabilité vous affecte, je vous invite à télécharger gratuitement à la fin de cet article mon livre électronique : “Comment en finir avec les tensions et cesser de culpabiliser – en 5 + 1 étapes”


On leur dit quoi faire, et quoi ne pas faire

– “Range tes chaussures !”

– “Ne touche pas ça !”

=> Imaginez recevoir ces injonctions à longueur de journée…


On blâme, on culpabilise

– “Tu as encore mis tes doigts sales sur la vitre. Tu sais ce qui ne va pas avec toi ? C’est que tu n’écoutes jamais !”

– “Laisse moi faire ça. Tu sais bien que tu renverses tout le temps.”

– “T’es un animal, ou quoi ?”

=> L’estime de soi en prend un coup.



On utilise la carotte

– “Montre moi que tu es capable de prendre soin de tes affaires et alors, je te prêterai mon appareil photo.”



On utilise les menaces

– “Touche cette lampe encore une fois et tu vas voir ce qui va t’arriver !”

– “Je compte jusqu’à 3 et si t’as pas fini, je pars sans toi !”



On donne des ordres

– “Je veux que tu nettoies ta chambre immédiatement !”

=> Qui que ce soit qui entend ce genre d’injonction n’a pas envie de le faire et se trouve même bloqué pour le faire quand bien même elle en aurait eu l’élan.




On fait de grands discours ou on fait la morale

– “Penses-tu vraiment que c’était une bonne chose à faire ?”

– “Si on veut que l’on soit poli avec nous, il faut être poli avec les autres…”

– “Est-ce que t’as compris maintenant ?”



On lance des avertissements

– “Attention, tu vas te brûler.”

– “Ne monte pas là-dessus, tu vas tomber.”

– “Et voilà, j’te l’avais dit !”



On se positionne en martyre

– “Arrêtez de crier. Mais qu’est-ce que vous voulez à la fin ? Vous voulez me faire avoir une crise cardiaque ?”

=> L’enfant se sent coupable.



On fait des comparaisons

– “ Mais pourquoi tu ne peux pas être comme ton frère ?”

– “Lisa a vraiment de bonnes manières à table. On ne la verra jamais manger avec les doigts…”


On use de sarcasmes

– “Tu le savais. Très intelligent ! Vraiment, c’est brillant !”

=> Ça fait seulement rire la personne qui le fait…


On lance des prédictions

– “Tu m’as menti au sujet de ton bulletin. Tu sais ce que tu vas devenir plus tard ? Quelqu’un en qui personne n’aura confiance.”



Vous l’aurez compris, ce genre de réaction nous éloigne du parent bienveillant que nous souhaitons être et nuit à la qualité de la relation que nous rêvons d’avoir avec nos enfants. Bien souvent, nous répétons inconsciemment des paroles que nous avons nous-mêmes entendu quand nous étions enfant car nous nous trouvons démunis dans certaines situations. Alors, voici des alternatives concrètes à nos réactions habituelles.



Adopter une nouvelle attitude

Et si on développait une nouvelle attitude en mettant la priorité sur la qualité de la relation avec nos enfants ? Vous allez pouvoir remplir votre boite à outils !

calin by Bermix Studio on Unsplash

Décrire le problème / décrire la situation

On a laissé notre enfant préparé son bain. On a peur que ça déborde. Au lieu de dire : “T’es complètement irresponsable… tu veux qu’on soit inondés ?”, on peut dire : “ Je vois que la baignoire est presque pleine.”

Au lieu de dire : “Tu n’as pas sorti le chien de la journée !”, on peut dire : “Ah je vois que le chien commence à roder près de la porte… On dirait qu’il a vraiment besoin d’aller dehors.”

Au lieu de dire : “Combien de fois je vais devoir te dire d’éteindre la lumière ?”, on peut dire : “Ah la lumière est restée allumée dans la salle de bain.”


Donner des renseignements pertinents adaptés à l’âge

– “Quand j’utilise la plaque de cuisson, c’est très chaud, on peut se brûler. J’aimerais que tu restes derrière la limite.” 

– “Si les chaussures restent devant la porte d’entrée, on risque de trébucher en sortant.”

– “Cet appareil photo est fragile. Je te le prête et j’aimerais que tu respectes certaines consignes : garder la sangle autour du cou, remettre le cache devant l’objectif quand tu as finis…”


Utiliser UN mot

Au lieu de dire : “Combien de fois va-t-il falloir que je vous demande de mettre vos pyjamas ?”, on peut dire : “Les enfants : vos pyjamas”.


Simplifier nos instructions

Remplacer un paragraphe par une phrase, remplacer une phrase par un mot, remplacer un mot par un geste



Instaurer un climat de coopération

Comme le dit Roseline, il va falloir répéter donc autant le faire sans se fatiguer et créer un climat de coopération. Gardez bien en tête qu’en général les enfants veulent plaire aux adultes et en particulier à leurs parents, qu’ils aiment plus que tout au monde.

Par contre, lorsque l’on cherche à tout prix à faire obéir les enfants ou lorsque l’enfant ne se sent pas respecté, cela crée de la distance. Quand on s’installe dans une optique de collaboration, le climat devient complètement différent.


Parler de ses sentiments

Soyons totalement honnêtes et transparents, on ne va pas être éternellement patient, et l’irritation ou la colère va nous traverser dans certaines situations. Il est important d’être congruent et puisque l’on est fâché, autant le dire. L’essentiel, c’est de pouvoir exprimer ce que l’on ressent en utilisant le JE ; c’est à dire en exprimant ce qui se passe pour nous, en nous et non en cherchant à blâmer l’enfant pour ce que l’on ressent.

“Je n’aime pas me faire tirer par la manche.”

“Ca m’énerve quand la porte reste ouverte.”


Afficher par écrit ce que l’on attend de nos enfants

Roseline a sorti de ses archives personnelles, des dessins qui devaient dater d’une bonne vingtaine d’années. Avec ses 5 enfants, elle rencontrait régulièrement le problème du pipi sur la cuvette des toilettes (pas super glamour mais si réaliste !). Elle avait dessiné en 4 étapes ce qu’elle attendait (en particulier de ses garçons) avec notamment l’étape : “lever la lunette des toilettes” et l’étape “viser dans le trou” et l’avait afficher en grand dans les toilettes. Winking smile Elle n’eut pas besoin de faire un grand discours et témoigne qu’après 2 semaines, elle avait pu retirer ces décorations murales !!!

Elle utilisait parfois des notes avec des post-it par-ci par là et s’apercevait que ça fonctionnait bien, même avec ceux qui ne savaient pas encore lire…


Cesser d’être trop sérieux

Quand on devient parent, on devient terriblement sérieux… S’amuser, jouer, utiliser l’humour, ça détend l’atmosphère et les enfants adorent.

Faire parler la chaussette quand on voudrait que notre enfant la mette.

“Tu veux aller prendre ton bain en sautant comme une grenouille ou en rampant comme un crabe ?”


Offrir des choix

ll y a des moments où on veut vraiment PUNIR. Et pourtant gardons en tête que la punition n’a pas sa place dans une relation bienveillante.

On sait que faire ses courses au supermarché avec un petit enfant est un exercice qui peut vite se transformer en épreuve. L’idéal est d’anticiper au maximum et d’indiquer à l’enfant comment il peut se rendre utile.

Vous trouverez des informations sur la situation particulière du supermarché pour un petit enfant dans l’article dédié à la gestion des crises.

On peut expliquer ce qui est important pour nous : “Je n’aime pas quand les enfants courent dans les supermarchés. J’ai peur de vous perdre et ça dérange les client.”

Et on peut donc lui donner le choix : “Tu peux marcher ou tu t’assois dans le chariot, tu décides.” Un choix c’est toujours mieux qu’un ordre Winking smile

Prendre soin de soi

Les parents on n’a pas toujours besoin de rendre leurs enfants heureux.

Il est parfois difficile de considérer cette affirmation car les parents qui sont sur le chemin de la parentalité positive sont très exigeants avec eux mêmes et en viennent parfois à s’oublier. Or, la bienveillance commence avec soi-même. On se respecte soi-même ; ses besoins de vitaux (nourriture, eau, sommeil), ses besoins de temps calme, de temps pour soi…


Adopter un mode ‘résolution de problèmes’

Votre enfant rentre régulièrement trop tard après le terrain de jeu.

1. Parler des sentiments et besoins de votre enfant

– “Je me dis que c’est probablement difficile de quitter le terrain de jeu quand tu es avec tes amis…”

2. Parler de vos sentiments

– “Le problème c’est que je suis inquiète quand tu arrives en retard.”

3. Etape “remue-méninge” (littéralement on secoue ses méninges et on cherche des idées)

Avec notre enfant, on décide d’écrire toutes les idées qui nous passent par la tête sans les évaluer. Ca fonctionne également avec les petits.

Par exemple : “J’arrive à 18:30 et tu ne t’inquiètes pas” ; “Je viens te chercher”…

On écrit TOUTES les idées. On regarde la liste et on enlève ce sur quoi on n’est pas d’accord. On cherche le compris. Une solution est valable si ça ne me plaît pas complètement mais que je peux vivre avec.

Roseline se souvient d’avoir utilisé cette méthode même pour les soucis liés à la peur des monstres au moment du coucher !


Se donner rendez-vous

Prenons le cas d’une dispute entre frères et sœurs. Vous pouvez leur proposer d’en parler a posteriori au calme. Commencez par faire résonner le plus grand. Ecoutez les sentiments de l’un puis de l’autre. “Tu es fâché”. “Toi, t’as de la peine. Tu vois le gros camion et ça te donne envie.” On leur demande d’imaginer une solution dans une situation similaire. On discute, on évalue. On fait court et on conclue.



Utiliser le compliment descriptif

Au lieu de dire “C’est beau” ou alors “Comme tu es gentil !” (et de dire le lendemain “t’es méchant” parce qu’on est en colère), Roseline nous invite à décrire le comportement digne de louanges.

“J’ai vu que tu avais prêté un jouet à ton frère pour qu’il n’ait pas l’idée de casser ta construction. Ca m’a vraiment remplie de joie.”


Se mettre en empathie

“Tu es vraiment fâché. Il s’est passé qqch qui t’a vraiment mis en colère”. Roseline recommande de ne pas utiliser cette méthode comme une astuce mais vraiment de l’exprimer en vivant cette parole même avec la gestuelle et le corps.

Alors que si on joue le rôle du gendarme pour Roseline ce sont les ingrédients pour la soupe à la chicane ! Alors à nous de choisir…


Roseline nous conseille d’essayer chacune de ces propositions testées et éprouvées par des centaines de familles. Essayer, recommencer. Et si ça ne fonctionne toujours pas, elle nous invite à tester de alternatives dans les livres phares de Faber & Mazlish “Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent”, “Parler pour que les tout petits écoutent”, “Frères et sœurs sans rivalité”…


En conclusion, elle nous invite à nous interroger sur ces ados qui ne veulent plus parler à leur parents…  Très souvent cela vient des nombreuses situations dans lesquelles ils ne se sont pas sentis écoutés .

ado by Artem Maltsev on Unsplash
C’est maintenant que nous pouvons choisir d’établir les relations que nous souhaitons avoir avec nos enfant !

C’est maintenant que nous pouvons choisir d’être le parent que nous avons toujours voulu être !


Surtout ne me croyez pas, expérimentez !

Sources

Conférence Faber & Mazlish donnée par Roseline Roy

Site officiel (en anglais) : www.fabermazlish.com

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4 commentaires

  • Nicolas

    Merci pour cet excellent article et whaou, l’observation de comment je parle à mes enfants fait particulièrement écho en moi ! L’observation des réaction permet effectivement de se corriger, de prendre conscience de certaine réaction et de les transmuter. Top, merci 👍

    • Fabienne

      Merci beaucoup pour ton retour Nicolas. Effectivement, il est important de tourner la caméra vers soi pour prendre conscience de notre attitude. La lecture d’articles de ce genre nous aide à faire cet exercice. Il y a du vécu dans l’approche Faber et Mazlish. Il est bon d’y revenir souvent. A bientôt.

  • Efi

    Hello merci pour cet article très fourni! J’ai un bébé de 10mois alors j’ai encore le temps pour toutes les indications que tu as généreusement donné. Ceci étant, j’utilise la LSF pour communiquer avec les gestes avec mon bébé. Elle ne comprends pas encore très bien, mais j’ai l’impression qu’elle est réceptive aux intonations de la voix. C’est passionnant la parentalité positive, mais je me demande quels sont les résultats sur du long terme. As-tu des exemples d’adultes qui ont été éduqués avec la communication positive ? Quels sont les atouts ou inconvenients qu’ils développent ?
    Merci pour ta réponse
    Efi du blog http://www.mamanzerodechet.com

    • Fabienne

      Bonjour Efi, merci pour ton commentaire. J’ai également signé avec mes deux enfants et c’était fantastique ! Tu crois qu’il ne se passe rien de spécial et un jour, alors que ton enfant ne parle pas encore, il signe pour te communiquer quelque-chose et là c’est extraordinaire. Ma fille a signé pour la première fois à un an. Je signais avec elle depuis ses 5 mois. Je pense que la parentalité positive s’envisage exactement de la même façon. C’est une attitude bienveillante générale envers l’enfant, une façon de considérer l’enfant comme un être à part entière et pas comme inférieur à l’adulte et grâce à cette attitude, l’enfant révèle le meilleur de lui-même. Je n’ai du recul que sur ma fille de 6 ans et je vois qu’elle applique cette bienveillance envers son petit frère. Leur relation est harmonieuse. Elle a beaucoup été conciliante avec lui et après avoir cru qu’il en profiterait, il adopte également cette attitude. J’ai foi que cela leur permettra de devenir des adultes dotés de confiance en eux, d’autonomie, de tolérance sur le long terme.

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