Conférence

Nos enfants, les gardiens de nos potentiels

J’ai eu l’opportunité de découvrir André Stern lors de sa conférence “Nos enfants, les gardiens de nos potentiels” organisé par le Printemps de l’éducation. Il nous fait prendre conscience d’une réalité extraordinaire chez nos enfants. Il explique que les enfants viennent au monde comme des bombes de potentiel. Cette vision apporte un éclairage nouveau car elle invite à réviser la posture dominatrice de l’adulte et à accorder notre confiance en nos enfants.

Né en 1971, André Stern est musicien, compositeur, luthier, conférencier, journaliste et auteur. Il a grandi en dehors de toute scolarisation et raconte son expérience dans de nombreux workshop et ouvrages. Il est convaincu que les enfants devraient pouvoir apprendre en jouant. Et, selon lui, son cas est tout à fait banal et, ce qui lui arrive, arriverait à tout enfant à qui l’on fait confiance.

André Stern enfant en train de jouer de la guitare.

Pas facile d’être un enfant

Les enfants sont sans cesse questionnés par des inconnus sur leur prénom ou sur leur âge. On leur caresse les cheveux en passant et on ajoute qu’il sont trop beaux même quand on ne le pense pas vraiment. Et les enfants, qui comprennent parfaitement le non verbal doivent avaler cette pilule. Du coup, il n’est pas surprenant qu’ils veuillent grandir vite. Or, ça les empêche d’ETRE et ils sont dans le DEVENIR.

Et nous autres adultes, que ressentirions-nous si d’autres personnes, et notamment des inconnus, faisaient cela avec nous ?

D’autre part, ils sont très rapidement confrontés à la loi du plus fort, dans la classe comme dans la cour de récréation. Et pourtant…

La loi de symbiose


Le monde a beaucoup changé ces 5/6 dernières années et cela nous vient de la science. Or, dans notre monde où la vérité n’est que scientifique (et même loin devant les convictions), André Stern trouve cela très amusant.

En effet, on nous apprend que « TOUT EST LIé ».

Or, depuis des années, on considère que la nature c’est « la loi de la jungle ». Du coup, les êtres humains se sont convaincus qu’il convenait de se calquer sur la nature et d’appliquer la loi du plus fort.

Or, les récentes découvertes décrites par Erwin Thoma, notamment dans son ouvrage « le langage secret des arbres », nous révèlent que, loin d’étouffer les petits arbres, les grands arbres leur donnent « à téter ». Et qu’ils communiquent : « donne moi du magnésium et je te donnerai du sucre ».

Les arbres communiquent entre eux pour s'entraider. La nature, comme l'humanité, est régie par la loi de symbiose
Crédit photo : Brodie Vissers

Ça change tout !

Car, jusqu’alors, on pensait qu’une entreprise en moins était égale à plus de clients pour les autres… on se réjouissait. Mais ce raisonnement est faux.

Un arbre coupé représente un danger. Les coléoptères peuvent le tuer et atteindre les autres. Ainsi, tous les arbres s’organisent pour attirer les oiseaux qui se nourrissent de ces coléoptères et ainsi sauver l’arbre.

C’est une loi de SYMBIOSE. Et contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, chez l’homme, tout comme dans la nature, c’est inscrit dans ses préférences…

Les gardiens de nos potentiels sont nos enfants

L’adulte se place au-dessus de l’enfant

Encore récemment, on disait que l’enfance était le point zéro du développement. S’il avait de la chance, l’enfant il arrivait au point culminant : l’adulte (et si possible le mâle caucasien !).

En tant qu’adulte, je me positionne au-dessus et d’ailleurs je vais « élever » mes enfants. Il se peut qu’en me baissant, je me mette à leur niveau mais je me sens toujours supérieur. C’est discriminant. Mais avec bienveillance  !!!

Attention, car même ce mot, bienveillance, est problématique si je me place toujours du haut de ma grandeur.

Les enfants viennent au monde comme des bombes de potentiel

Les programmes génétiques présents chez l’embryon de l’humain ne changent pas au fil des siècles et ne savent pas quand nous venons au monde. De fait, le programme est le même tandis que le potentiel nécessaire pour vivre à une époque donnée n’est pas du tout le même. Ainsi, le nouveau né a tous les potentiels possibles !

Par exemple, un humain est capable de prononcer tous les sons possibles et imaginables à sa naissance pour apprendre sa langue maternelle ou encore de reconnaître des centaines de nuances de vert. Cette dernière compétence, indispensable aux autochtones de la forêt d’Amazonie est totalement inutile en Europe et ne se développera pas sous nos latitudes.

Visage et regard profond d'un enfant d'Amazonie tenant un singe.

Ainsi, si l’enfant n’utilise pas ces potentiels, ils se meurent. Donc, dès les premières années de vie, tous les potentiels non utilisés disparaissent. A bien y regarder, au bout de ce procès, on trouve quoi ? Un adulte ! La version bonzaï de l’arbre !! Alors que les enfants nagent dans l’infini des potentiels.

En conclusion, du coup, du point de vue des potentiels, en face des enfants, on est face à des géants.

Qui sont les dépositaires de nos potentiels ? Les virtuoses, les maîtres spirituels ? En partie, mais cela ne représente qu’une toute petite fenêtre. Les gardiens de nos potentiels sont nos enfants ! Notre responsabilité est d’en prendre conscience et d’éviter d’éteindre ces potentiels…

Pourtant l’adulte inconscient ignore ces potentiels

L’adulte participe à la perte de confiance

Chaque adulte porte en lui un enfant blessé.

Un jour, très tôt dans nos vies, on entend : « tel que tu es, c’est pas terrible ! » Et on va se l’approprier.

Cela commence quasiment à la sortie de la maternité. En effet, quelques jours seulement après sa naissance, les parents devront répondre à la question : « Alors il fait ses nuits ? » Et comme il y a peu de chance pour que le nouveau né de 2 mois dorme 12 heures par nuit, les parents se sentiront incompétents. Et, malheureusement, pour les enfants, le NON VERBAL est la langue qu’ils comprennent le mieux. Ainsi, le nourrisson entend : « Aide moi à être un bon parent. Je t’aimerais plus si tu dormais davantage… »

Je t’aimerais plus si tu correspondais à mes attentes. Je t’aimerais plus si tu étais plus sage, si tu rangeais ta chambre… Ou alors, oh comme tu es sage, tu es invisible, reste comme ça pour que l’on t’aime…

Alors que le seul message qu’il a besoin d’entendre est « je t’aime tel que tu es »

Et après des années à ce régime, ça donne quoi ? Une société habituée à justifier ses manquements. Ça donne la phrase la plus dite : « Je suis nulle en math » ou en autre chose. Or, ce n’est pas scientifique. On devrait dire je suis EXCELLENT en tout ce qui m’intéresse 😉

L’adulte confond apprendre et apprendre par cœur

On associe enfance et apprentissage. Or, apprendre n’existe pas ! Apprendre, ce n’est pas un acte, c’est quelque-chose qui nous arrive. On a confondu apprendre et apprendre par cœur.

En effet, notre cerveau n’est pas fait pour mémoriser des informations. Il est optimisé pour résoudre des problèmes. L’être humain retient des informations intéressantes uniquement si elles activent ses centres émotionnels. Ce dont on se souvient, c’est seulement ce qui a activé un centre émotionnel. Or, qu’est ce qui active nos centres émotionnel ? Le jeu !!! Sinon ça rentre et ça sort.

André Stern raconte avec humour combien il est d’ailleurs totalement accepté par notre société que l’on ait appris certaines choses très complexes comme l’algèbre ou les verbes irréguliers en allemand mais que l’on ait par la suite complètement oublié.

Les informations sont enregistrées dans le cortex préfrontal. Néanmoins, c’est une zone sensible et à la moindre zone de stress, on n’arrive plus à accéder à cette information. On a tous vécu des situations dans lesquelles on nous pose des questions dans un climat de stress qui nous laisse sans voix et, juste après, on nous dit « oh tu ne connais pas cela ». Ce qui fait que, si à ce moment là, on nous demande comment on s’appelle, on ne connait même plus la réponse… Or, c’est exactement ce que l’on fait avec les examens.

Il est accepté que l’on oublie tout mais de préférence 15 jours après l’examen. Et c’est ce qui va différencier un bon élève d’un mauvais élève…

L’adulte est invité à offrir son amour inconditionnel

Les blessures ne vont cesser de se multiplier et les enfants vont finir par voir comme nous les voyons !!!

L’enfant vient avec la certitude d’être un bon endroit au bon moment et on lui renvoie qu’il est zéro. Il a donc mal. Et cette souffrance est tut à fait similaire à une douleur physique intense. Comme l’enfant ne peut pas changer l’opinion des autres, il va accepter l’image que l’on porte sur lui et penser qu’il est mauvais ou nul. Mais, ce faisant, il souffre moins.

J’ai besoin pour survivre que l’on m’aime donc je renonce à ce que j’aurais pu être.

Or, l’enfant aurait voulu entendre : « Je t’aime parce que tu es comme tu es ». André Stern appelle cela l’écologie de l’enfance : l’amour inconditionnel. Et cela passe par la confiance inconditionnelle. Et ça change le monde !!

Nous, adultes, sommes invités à faire ressentir cet amour inconditionnel dans le non verbal. On est responsable de cette attitude. Ainsi, l’enfant est enfin aimé. Et ça se doit d’être sincère et authentique. C’est une attitude pas un concept.

Et on peut le dire aussi à l’enfant blessé en nous.

Une génération d’enfants non blessés… Qu’est ce que ça va donner ?

Comment être un bon parent ?

Les parents subissent sans cesse des pressions et ce depuis le plus jeune âge de leurs bambins. « Faut pas louper le moment pour qu’il soit propre ! Si tu le loupes après c’est foutu ». En tant que parent on a une responsabilité incroyable et on subit une pression de fou.

Or, qu’est ce que c’est des bons parents ? On ne sait pas pas ce dont les enfants on besoin. On n’en sait rien !!

Alors, on peut analyser ce qu’ils cherchent. Ils cherchent un port d’attache. Un lieu non géographique dans lequel on leur dit « je t’aime parce que tu es comme tu es ». Ils peuvent ainsi aller dans le vaste monde et s’enrichir des différences. Si on offre ce port d’attache, on s’allège de cette pression et on est déjà de bons parents.

Et cette attitude ne demande aucun moyen financier ou intellectuel 😉

L’enfant a toutes les qualités dont un adulte aimerait disposer

Que font les enfants lorsqu’on les laisse tranquille ? Ils jouent. Si on les laissait, ils joueraient toujours. Et comme ça active leurs centres émotionnels, ils apprennent…

Un enfant qui joue librement peut rester concentré jusqu’à 2 heures. Or, on aimerait voir ces qualités de concentration chez les adultes. Les enfants ont également une constance incroyable. Ils sont capables de faire et refaire des centaines de fois. Ils ont une loyauté envers l’instant présent tandis que les adultes ont tellement de mal à l’avoir. Ils sont capables de monter des escaliers bien trop hauts ou de sauter au dessus de flaques bien trop grandes. Ils y vont, ils dépassent leurs limites. Or, on n’a perdu cela chez les adultes.

Pour les enfants, c’est leur état naturel.  Ils SONT leur jeux donc ils volent comme ils veulent. Ils ont cette liberté d’être. Ils ont une énorme ouverture d’esprit. Ils vont vers les autres à bras et à cœur ouverts. Ils ne connaissent pas l’intolérance. Ils ne connaissent pas le racisme. Ils voient les différents métiers au même niveau. Il reconnaissent nos compétences et nous admirent pour cela. On voudrait voir une once de cela chez les adultes. Leur créativité est sans borne. Ils circulent librement entre le réel et l’imaginaire. Il est dommage que les adultes séparent cela car c’est notre état natif.

Et que faisons-nous au travers de l’éducation ? Nous arrachons nos enfants à leur élément, le jeu, pour les préparer à avoir un jour toutes ces qualités. Étrange non ?

La prochaine fois que l’on rencontrera un enfant on verra les choses différemment.

Quand l’enfant va dans le monde, ça change le monde.

Pour illustrer son propos, André Stern raconte comment son petit garçon de 3 ans, Antonin a fait connaissance avec un agriculteur.

Passionné par les tracteurs, il voit un beau jour une vraie moissonneuse batteuse. Réclamant à corps et à cri de s’en approcher, Antonin et son papa vont alors passer plus de deux heures DANS la moissonneuse batteuse.

La moissonneuse batteuse, passion d'Antonin. L'enfant est admiratif de l'agriculteur. Ce dernier se sent bouleversé.

Le monsieur veut tout montrer à l’enfant. Car, avant ce jour, personne ne l’a VU. Il le sent, Antonin l’admire, LUI, le moissonneur.

Le monsieur perçoit alors le message de l’enfant : « je t’aime parce que tu es comme tu es et je trouve ce que tu fais PERTINENT ». Ça le bouleverse. Ça change sa perception de lui même. Il montre alors le blé. Il se rend compte que ce qu’il fait, c’est sacré.

Il nourrit l’humanité. Il est pour la première fois admiré et admirable…

Antonin a été un ensemanceur.

Face à ces gardiens de nos potentiels, André Stern, nous invite à la confiance…

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