Communication - Ecoute

La violence ordinaire

”C’est dingue la capacité que tu as de stresser et de perdre le contrôle ! Va falloir faire quelque-chose ma fille parce que c’est grave…”

Pensez-vous que j’ai intercepté une conversation entre un couple qui se dispute ? Non. Nous sommes au lac, à 200 mètres du rivage et un papa s’adresse à sa fille d’une douzaine d’années. Elle nage à ses côtés et se trouve paniquée. Est-ce la peur du fond ? Et, comment a-t-elle réagi ? Elle a du ravaler sa peur en plus de son émotion. Car, compte-tenu des circonstances, elle ne pouvait ni se mettre en colère, ni partir bouder.

A-t-elle une chance de pouvoir de pouvoir gérer sa peur en entendant ces paroles de la part de son père ? Cela aura sans doute l’effet inverse. Et pourtant, à l’origine, c’est sans doute avec l’idée de lui faire plaisir que son papa l’a accompagnée faire un grand tour de nage.

Cette violence ordinaire est malheureusement plus courante qu’on ne le pense.  violence_enfant

“Toi, méfie-toi sinon tu vas en prendre une.  J’ veux plus t’entendre.” Le papa offre son visage le plus terrifiant au cas où les mots n’auraient pas été assez clairs. La maman ne bouge pas.

“Tu sors de l’eau. Tu es punie. Viens ici j’te dis.” Claque. Elle est partie. En plein visage. La fillette répond quelque-chose que je n’entends pas. Claque. Une seconde. Elle prend son petit frère dans les bras, comme pour se protéger. La maman est rouge de colère.

Voici seulement quelques phrases tombées dans mes oreilles en l’espace de deux jours. Et pourtant, tous ces parents ont certainement le désir de rendre leurs enfants heureux. Ils les ont emmenés en vacances. Ils les surveillent, leur prépare à manger… Mais alors pourquoi en arrive-t-on là ? Probable que les parents en question recevaient déjà le même genre de paroles. Probable que la violence permanente proposée à la télévision influence. Cependant, il est possible d’agir autrement…

Il tape, il mord, il tire les cheveux…

Notre enfant a un comportement inadapté et ça nous met en colère. Comment lui signifier notre désaccord tout en lui permettant de bâtir le niveau de confiance indispensable à son développement ?

En effet, en commençant par “Tu as encore tapé ton frère !”, “On ne peut pas mordre”… on lui fait imprimer l’image de lui en train de taper, mordre… Et comme on lui a bien fait comprendre que c’était mal, il fait le raccourci suivant : “Je suis mauvais”. D’ailleurs, si on en rajoute avec des phrases du type “Tu es méchant”, il a toutes les chances de finir par le croire, ce qui d’ailleurs, lui  donnera le droit de recommencer puisqu’il est méchant !

On va donc préférer intervenir et prendre l’enfant à part, le plus calmement possible. On peut appeler son enfant tendrement, se mettre à sa hauteur, le prendre sur nos genoux ou l’entourer d’un bras. En effet, le contact physique va faciliter la communication et l’écoute réciproque. On peut commencer par rappeler à l’enfant un comportement adapté qu’il a déjà eu. “L’autre jour, tu as prêté ton camion à ton frère. Ça l’a rendu joyeux et tu étais fier de toi. Je sais que tu es capable de partager”. Son cerveau va aller chercher ce souvenir et fabriquer une image positive. A un plus petit : “J’aime beaucoup quand tu me fais des caresses. Et toi ? Tu aimes les caresses et les câlins ? “. Généralement, il s’apaise. Du coup, on pense à valider aussi souvent que possible un comportement adapté, positif.

Reconnaitre la blessure de l’autre

De la même façon, on va prendre l’autre enfant dans les bras ou mettre un main sur son épaule. “Tu as eu très mal ? Montre moi. C’est où ?” Les enfants adorent montrer leurs blessures de guerre et ça va occuper son cerveau à autre chose que pleurer par exemple. Puis, en se tournant vers le premier : “Qu’est-ce qu’on peut dire dans ce cas là ?”. Généralement, si les enfants ont l’habitude, le mot PARDON viendra assez vite. Sinon, on le propose. “On peut dire PARDON”. Avant l’usage de la parole, on peut utiliser le language des signes. Les mains l’une contre l’autre, on les frotte en dessinant un cercle. Nous avons gardé ce geste même plus tard, car il est parfois plus facile d’utiliser ses mains quand les mots ne veulent pas sortir après une grosse dispute. Pour l’autre enfant, cela ne fait pas de différence et il accepte le geste de PARDON.

Chercher à comprendre

Quand la situation immédiate est apaisée et que l’on a reconnu la blessure de l’autre, on peut alors chercher à comprendre ce qui s’est passé et les enfants seront plus enclins à décrire la situation. On pose des questions ouvertes : Qu’est ce qui s’est passé ? Comment ? Quand ? Mais on évite le pourquoi qui est bien trop cérébral pour des enfants de moins de 7 ans. A titre d’exemple, j’ai remarqué que mon petit garçon de deux ans et demi allait parfois taper sa sœur ou un enfant dans le parc simplement parce qu’il voulait jouer avec lui. En fait, il cherche le CONTACT ! Quand je reformule cela de cette façon : “Tu veux jouer avec lui ? “, il répond immanquablement “oui” et je lui propose une autre façon de faire. Tu peux lui dire : “ Je veux jouer avec toi”. Comme je fais cela devant l’autre enfant en question, il est d’abord surpris mais, généralement, il accepte volontiers.

Lorsque vous avez compris ce que votre enfant cherchait, vous voyez ses yeux s’illuminer. Les choses peuvent alors s’arranger comme par magie en un instant.

On peut également l’aider à prendre conscience des émotions qui les ont traversé. “Tu es en colère quand ta soeur prend ton jouet sans demander ? ”… En guise de conclusion, cela pourra donner lieu à la mise en place d’une règle acceptée de tous. “Alors, on est d’accord, on demande à l’autre sa permission quand on veut prendre son jouet ?”.

Je passe à l’action

Je me rapproche de mon enfant et autant que possible je fais grandir ma compassion. Je lui rappelle un comportement positif récent.

Je prends soin de l’autre enfant en reconnaissant ce qu’il a éprouvé et encourage à demander pardon.

Je cherche à comprendre. J’interroge. Je reformule.

Ensemble, on valide le comportement à adopter dans un tel cas ou une nouvelle règle à mettre en place.

Surtout, ne me croyez pas, expérimentez…


Deux propositions de lecture qui aideront grandement les enfants à comprendre ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire :

on-ne-peut-pas_Jeanne AshbePour les plus petits : On ne peut pas ! De Jeanne Ashbé. Dans chaque situation, on montre ce que l’on ne peut pas faire et on se prend au jeu de répéter avec théâtralité : on-ne-peut-pas ! Mais surtout, on propose en image ce qu’il serait plus intéressant de FAIRE à la place.

Ca-fait-mal-la-violence_Catherine-DoltoPour les grands et les petits et pour les parents Winking smilece livre sera un bon support de discussion.

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