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L’esprit absorbant de l’enfant

« L’esprit absorbant de l’enfant » est un concept fondamental de la pédagogie de Maria Montessori. Elle publie la synthèse de son analyse dans l’ouvrage qui porte ce nom en 1949. C’est donc telle une visionnaire que Maria Montessori a observé, compris et transmis l’idée que l’intelligence des enfants de moins de 6 ans avait des particularités exceptionnelles.

L’esprit absorbant de l’enfant est une forme particulière du psychisme radicalement différent de l’esprit de l’adulte et qui se manifeste par cette faculté particulière d’apprentissage en puissance mais dans la légèreté, l’aisance, sans effort.

L’esprit absorbant de l’enfant est une forme particulière du psychisme radicalement différent de l’esprit de l’adulte


1. Le concept de l’esprit absorbant


Bien qu’inscrit dans le code génétique en tant que potentiel et donc accessible à tous les enfants, l’esprit absorbant va se construire en fonction de l’environnement (épigénétique). L’observation effectuée par Maria Montessori a montré que l’absorption de l’environnement dans son ensemble se produit telle une photographie, une « impression ». Cette absorption semble se faire dans un premier temps très profondément et dans un second temps il se manifeste soudainement au grand jour.

Si on prend l’exemple du langage, on réalise que c’est cet esprit si particulier qui permet à l’enfant de 2 ans et demi / 3 ans , après une longue période d’absorption intérieure, de parler la langue de son environnement parfaitement. En effet, sans qu’on lui “enseigne”, il parle alors cette langue selon ses règles compliquées et avec ses exceptions et atteint une précision incroyable dans le placement de la langue ou la forme des lèvres par exemple. Tout ceci avec aisance. Or, on est tellement habitués à ce phénomène, qu’on le trouve presque banal alors qu’il relève quasiment de la magie et qu’il n’est pas reproductible de la sorte par l’adulte.

Grâce à cet esprit absorbant, l’enfant assimile toutes les aptitudes nécessaires au quotidien de son époque : se nourrir, s’habiller, s’asseoir, nettoyer, attraper, grimper, reconnaître, assimiler les usages culturels, la courtoisie… Il absorbe totalement sa culture environnante et l’aime. Ainsi, cet esprit si particulier forme les bases de sa vie psychique toute entière. Grâce à cet esprit absorbant, l’enfant assimile toutes les aptitudes nécessaires au quotidien de son époque

Ce concept est totalement d’actualité. Car, on sait désormais, grâce aux neurosciences, que le cerveau humain est doté de neurones miroirs. A titre d’exemple, ces neurones miroirs s’activent quand une personne réalise un mouvement mais également quand elle regarde une autre personne réaliser un mouvement. Autrement dit, pour une partie de notre cerveau, bouger ou regarder bouger produit le même effet ! De part l’existence des neurones miroirs, l’imitation est une grande voie d’apprentissage. Alors que l’adulte acquière ses connaissances avec son intelligence et sa volonté, la plasticité neuronale de l’enfant entre 0 et 6/7 ans permet d’incarner le vivant sans effort, juste en le vivant.

Enfin, étant donné que, pour le jeune enfant, les stimulus reçus par son action répétée lui apparaissent toujours sous un jour nouveau, on comprend mieux la raison pour laquelle il aime répéter plusieurs fois la même activité et le plaisir et la joie qu’il en retire. Ainsi, il affine la conscience qu’il a de son environnement dans la joie.



2. L’esprit absorbant de l’enfant dans notre quotidien


Maria Montessori comprend que l’enfant est capable d’apprendre sans effort. Tout en jouant, en vivant des expériences réelles et en observant le monde qui l’entoure. Ainsi elle a imaginé puis vérifié que pour transmettre un geste ou une notion à un enfant, il était important de lui dédier un moment exclusif. On parle de présentation dans la pédagogie Montessori pour qualifier ces moments. Pendant une présentation, l’éducateur travaille avec un seul enfant. Avec des gestes lents et des paroles bien pesées, il va lui transmettre un geste, une notion, un savoir. L’enfant sera ensuite inviter à faire l’activité à son tour. Puis à la répéter autant qu’il le souhaite.

Si l’on transpose cela au cercle familial, on réalise que tous nos gestes de parents, toutes nos paroles, tous nos comportements seront imprimés par nos enfants. D’un côté, cela peut ajouter de la pression alors que les jeunes parents en ont déjà beaucoup. En effet, pour beaucoup, nous sommes dans un questionnement quasi quotidien et nous cherchons de nouvelles méthodes, de nouvelles pistes dans l’éducation de nos enfants. Nous écrivons une page blanche et nous nous sentons souvent démunis. Alors oui cela peut sembler ajouter de l’enjeu. Comment je m’exprime ? Comment j’évolue dans la maison ? Quelle est mon mode de communication avec mon conjoint ? Comment nous prenons nos repas ? Quel temps passons-nous devant les écrans ?… Mais on peut aussi se détendre en se disant qu’a priori, il nous suffira d’incarner le comportement, l’état d’esprit que nous souhaitons transmettre à nos enfants pour qu’il l’imprime et l’adopte. Finalement la pression se relâche et nous pouvons donner tout son sens au fait de prendre soin de nous même et de notre être intérieur.

Grâce à l'esprit absorbant, il nous suffira d’incarner le comportement, l’état d’esprit que nous souhaitons transmettre à nos enfants pour qu’il l’imprime et l’adopte

Astuce :

Si je vois mes enfants agités et turbulents, je peux m’interroger et mettre le projecteur sur ma « météo » intérieure. De même que l’on se prépare à un travail, à un événement ou à une séance de sport, pourquoi ne pas prendre 2 à 3 minutes avant de passer le seuil de notre maison, de celle de la nounou de la crèche… pour se recentrer avant de retrouver nos enfants ? Chacun pourrait trouver ce qui lui permet de s’apaiser le plus naturellement possible : 5 minutes de respiration profonde (vidéo cohérence cardiaque), regarder une photo ou une vidéo de ses enfants dans un moment partagé de joie…



3. Comment protéger cet esprit absorbant ?


A l’époque où la société occidentale dite moderne est toujours focalisée sur la performance, que penser de l’utilisation de cette forme d’esprit bien particulière en vu d’accroître artificiellement les « impressions » chez un enfant ? Combien d’adultes ayant conscience de cette forme particulière d’esprit baignent leurs enfants dans un environnement composé de plusieurs langues étrangères ou les familiarisent de façon précoce à la musique ou à certains sports espérant ainsi augmenter leurs capacités ? Que deviendra cet être sur-efficient et doté de nombreuses compétences ? Est-ce là une fin soi et un gage d’épanouissement personnel pour le futur adulte ? Difficile à dire. Face à ces interrogations, j’apprécie particulièrement les raisons profondes qui ont poussé Maria Montessori à investir sans relâche dans cette pédagogie.

En effet, Maria Montessori pose à plusieurs reprises comme préambule que l’objectif de sa méthode n’est pas de favoriser l’apprentissage de différentes matières ou de multiplier les compétences des enfants. Elle explique que les phénomènes d’apprentissage issus de sa méthode sont tels des « dommages collatéraux ». Elle explique clairement que son approche vise avant tout à faire grandir l’humain, à faire jaillir à la surface l’essence de l’être enfoui au plus profond de la personne et à permettre l’émergence de la personnalité unique de l’enfant. Maria Montessori voulait favoriser la connexion de l’enfant, et donc du futur adulte, avec la source de vie, la création

Il faut une bonne dose de spiritualité pour comprendre que Maria Montessori voulait favoriser la connexion de l’enfant, et donc du futur adulte, avec la source de vie, la création… D’ailleurs, et si c’était la prévalence de cet esprit si particulier, pourrait-on dire « connecté », qui rendait les adultes si émus ou attendris par les bébés et les jeunes enfants, et les rendaient alors capables du don d’eux‑mêmes, d’abnégation alors qu’ils n’en sont pas nécessairement capables pour eux mêmes ? Et si c’était cette connexion qui inspirait aux parents l’amour pour leur petit, l’amour profond dont naît le sacrifice volontaire, le dévouement, le renoncement ?

Quoi qu’il en soit, cette capacité si particulière de l’esprit absorbant devrait être traitée par les adultes comme un phénomène extraordinaire qu’il conviendrait à tout prix de protéger pour favoriser l’épanouissement des enfants.

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